JOUR INONDABLE - Expérience urbaine autour du risque inondation

Que se passerait-il si la Loire débordait ? Si les digues ne tenaient pas et que plusieurs mètres d’eau envahissaient le Val de Tours ? A l’occasion de la révision du « Plan de Prévention du Risque Inondation », le pOlau a invité le collectif artistique La Folie Kilomètre a proposer une expérience grandeur nature, une marche atypique à travers la « ville inondable ».

Partenaires et moyens

Technique(s) :

Réalisation de l’action artistique par le collectif marseillais La Folie Kilomètre.

Lieux : Prêt de salles par le Centre d’Etudes Supérieures de la Renaissance, mise à disposition de la Patinoire Municipale de Tours, d’un Gymnase municipal, diverses espaces publics (dont le Jardin des Prébendes). Mise à disposition d’un Bus et d’un Chauffeur par Keolis, entreprise partenaire.

Moyens : divers véhicules

Humain(s) :

  • pOlau-pôle des arts urbains : Commande et production (4 personnes).
  • La Folie Kilomètre : Conception et réalisation (6-8 personnes).
  • Partenaires et complices bénévoles : Plus d’une cinquantaine de partenaires associatifs et institutionnels ont été associés au projet (Intervenants, Croix-Rouge, sécurité civile…)

Financier(s) :

Partenariat : Plan Loire Grandeur Nature (piloté par la DREAL Centre), Etablissement Public LOIRE, Conseil Général du 37, ville de Tours, Communauté d’agglomération Tour(s)plus, ville de  Saint Pierre des Corps, Association des Communes Riveraines de la Loire

En bref

objectif(s) :

Sensibilisation au risque inondation par une action artistique à Tours.

Cible(s) : Tout public.

Echéancier :

  • Première résidence de La Folie Kilomètre : septembre 2011
  • Préfiguration - action artistique pendant La Ville à l’Etat Gazeux, rendez vous artistique et urbain du pOlau-pôle des arts urbains : octobre 2011
  • Diverses résidences : année 2012 (3 mois au total)
  • Réalisation : 6 et 7 octobre 2012
  • Réalisation des films : octobre 2012 àmars 2013
  • Capitalisation lors d’une journée d’étude : 23 mai 2013

Description de l'action

Le pOlau-pôle des arts urbains est une structure d’accompagnement de projets artistiques et urbains. Il développe une position singulière en croisant la création artistique urbaine (art de la rue, art urbain, art contemporain, paysagisme, photographie...) et l'aménagement du territoire (urbanisme, politiques publiques territoriales, recherche en aménagement). Le pOlau soutient des créations artistiques qui travaillent sur la matière urbaine (densité, péri-urbain, risques…) et réalise des études urbaines qui cherchent à intégrer une dimension artistique et culturelle.

Depuis 2009, le pOlau s'intéresse aux relations des villes à leur fleuve, créant ainsi un thème-support pour la recherche, la création, l'expérimentation, l'innovation. Au contact de l’actualité tourangelle autour du risque inondation, et notamment de la révision du Plan de Prévision du Risque Inondation, le pOlau a proposé au collectif artistique La Folie Kilomètre de s’emparer du sujet pour imaginer une création en espace public.

En réponse, la Folie Kilomètre a conçu une aventure urbaine de 24h, structurée dramaturgiquement comme un scénario d’inondation. Cette expédition fait passer un public captif par une quinzaine d’actions différentes, du plus spectaculaire au plus participatif, en vivant en groupe pendant un jour entier. Les créatrices, Elsa VANZANDE et Abigaël LORDON, passeront une année en demi à la rencontre des acteurs du risque afin de préciser leur Jour Inondable. Dans le même temps, le pOlau imagine une production pour financer la création. Les institutions spécialisées sur la sensibilisation aux risques inondation se montrent rapidement intéressées, et se regroupent, autour du Plan Loire notamment, pour apporter les subsides nécessaires.

Les 6 et 7 octobre 2012, plus d’une centaine de participants ont traversé – jour et nuit – un scénario d’inondation en 6 chapitres et 18 actions.

Déroulement de cette expérience artistique sur l’espace publique autour du risque d’inondation :

  • Prologue : Accueil des participants à la Patinoire municipale de Tours par la sécurité civile (enregistrement des bagages, distribution des road-books…)
  • Chapitre 1 « Le fleuve en personne » : départ de la randonnée urbaine (tracé de la Loire à la craie bleue, écriture d’un conte géographique au sol…)
  • Chapitre 2 « Point sensible » : déjeuner au point le plus bas de la ville de Tours
  • Chapitre 3 « Prévisions pré-visibles » : Séminaire sur le PPRI du Val de Tours et conférence de spécialistes suivis d’une marche en file indienne sur les limites du PPRI avec un pied en tong dans la zone non-inondable et un pied en botte dans la zone inondable.
  • Chapitre 4 « A l’écoute de la montée des eaux » : distribution par un pêcheur, depuis les égouts, de message en bouteilles ; plateau radio d’urgence (dialogue entre spécialistes) ; voyage en bus …
  • Chapitre 5 : « La ville boit la tasse » : hébergement d’urgence dans un gymnase de la ville, espace PC, cellule de presse, espace médical […]. Repas, film et nuit au gymnase.
  • Chapitre 6 « Qui l’eut crue ? » : réveil par une chorégraphie de nettoyage post-inondation suivi d’un petit déjeuner sur l’Ile Simon avec atelier « écriture de cartes postales » pour rassurer les proches ; traversée de la Loire en bateaux et visite du Musée des objets sauvés.

Description de la méthodologie

Nous avons mis en place un travail selon les méthodes artistiques qui nous sont habituels. Les artistes viennent en résidence régulièrement, ils passent quelques semaines sur le terrain où nous leur permettont de rencontrer les différents acteurs locaux du risque inondation.

Cette logique de travail collaborative était d’abord un moyen de mieux connaître les enjeux locaux d’une inondation majeure et d’identifier les acteurs important, elle a ensuite permis de mettre en place l’expédition des 6 et 7 octobre par la mobilisation de différents partenaires (spécialistes, techniciens, gestionnaires…).

 

Eléments facilitateurs : Le projet a été d’une grande richesse, notamment grâce aux complices infiltrés dans le public qui ont joué un ou plusieurs des 155 rôles nécessaires au scénario.

Freins rencontrés : La capacité de compréhension générale de la part des uns et des autres sur la question de l’intérêt d’une création artistique dans ce cadre. Frein de l’activité innovante par excellence. 

Recommandations

Quelques retours afin de comprendre les effets de cette expérience artistique sur un public embarqué, les réponses de chacun à un questionnaire autour de leur journée ont été recueillies. Du dépouillement de ceux-ci et de nos échanges avec les participants, nous pouvons retenir plusieurs points, dont voici un extrait : 

  • Les participants sont satisfaits de l’accueil qui leur a été réservé, de la forme aventureuse mais accompagnée de l’expérience, de la générosité de l’équipe, de la convivialité, de la restauration et de l’organisation générale. Le public est resté embarqué, a discuté et bien fonctionné comme groupe, du début à la fin.
  • La logistique très complexe (6 véhicules, entre 10 et 15 agents en technique, 18 actions différentes, 14 lieux) n’a visiblement pas été perçue par le public qui s’est sentie confortablement installé dans l’expédition.
  • Une perception étonnamment bonne du rôle de l’imagination et de la mise en sensibilité dans les ambitions de Jour inondable plus que dans de l’éducation ou de la pédagogie, l’expérience situe la sensibilisation autour d’une prise de conscience générale du phénomène naturel - et humain qui s’en suit, sans solution évidente, sans plan tout fait.
  • On rencontre des compréhensions plurivoques de l’action à mener en cas d’inondation réelle. Jour Inondable n’a pas normalisé de pratiques. Le risque est rendu sensible sans pour autant canaliser un type de réponse au risque.
  • L’opération montre combien le sens commun d’une population en contact, en crise, sans panique, est largement aussi importante que tout les dispositifs et les techniques de protection. On assiste à une compréhension des enjeux humains, plus que techniques, autour du risque inondation : de la pluralité des acteurs, de l’importance de l’information et de la communication.
  • Ceci se faisant sans ressort anxiogène, doucement et tranquillement. Plusieurs témoignages signalent que Jour Inondable permet de comprendre ce que serait l’inondation sans dramatiser. La Folie Kilomètre a créé une dramaturgie qui permet de ne pas dramatiser… mais de rendre sensible.